Lorsqu'un ex-président sort sa plume, les chroniqueurs affûtent les leurs...
Colon Nancarrow est l'un des rares compositeurs a s'être penché sur le piano mécanique. S'il était né quelques décennies plus tard, je devine qu'il s'en serait donné à coeur joie avec les outils actuels.
Dans un de ses écrits, Ligeti le mentionne dans un de ses textes comme une des multiples sources musicales ayant attiré son attention, au même titre que les polyrythmies des Banda-Linda, Guillaume de Machaut ou les franco-flamands du XVIe. Et de fait, l'Allegro molto de la Sonatine pour piano nous rappellera indéniablement aux procédés utilisés par Ligeti dans ses études pour piano : conception par strate, continuum, effet d’inflation polyrythmique etc.
La pièce suivante, l’étude n°21, donne à entendre un canon bien rigoureux qui n’est pas sans rappeler celui de la 5e des Notations de Pierre Boulez. Une voix démarre lentement tandis que son conséquent – son « ombre » - fuit à un tempo extrêmement rapide. L’une accélère tandis que l’autre décélère, elle se croise comme deux trains à un point précis pour aussitôt s’enfuir dans des directions opposées. L’usage d’un instrument mécanique permet de pousser l’effet à un point qu’un interprète humain ne pourrait atteindre.
La Toile n'aura de cesse de m'étonner. Tout à l'heure en piochant sur youtube des enregistrements de pianistes, j'ai tenté ma chance en tapant Mossolov sans trop y croire. Eh bien, j'ai trouvé des enregistrements de pièces pour piano dudit Mossolov par le pianiste italien Daniele Lombardi, grand explorateur de répertoire méconnus, mais en plus de ces pièces (dont j'avais déjà un disque) je suis tombé sur un extrait de la deuxième sonate de Protopopov. Il faut dire que pour moi, ce compositeur est une sorte de fantôme. C'est par hasard, en musardant dans les rayonnages d'un bon magasin de musique de la rue de Rome (Paris) - où l'on peut encore accéder aux partitions ! - que je m'étais arrêté devant la partition de cette deuxième sonate qui m'avait assez intrigué pour que je me décide à l'emporter. Dès les premiers déchiffrages, cela m'a paru très post-scriabinien mais avec moins de fantaisie, de sève et un langage visiblement plus systématique qui conduit à un peu trop de redondance à mon goût. N'empêche, c'était une musique originale qui me semblait coller avec l'Avant-Garde russe de la première moitié du XXe. Désireux d'en apprendre un peu sur le compositeur, je suis allé consulter le New Grove. A ma grande surprise, en dépit du caractère plutôt exhaustif des 20 copieux volumes, rien du tout. Je me tourne en désespoir de cause vers la MGG (en bibliothèque, car malheureusement, je n'ai pas tout ça chez moi !), rien de plus. Est-ce que les dernières éditions l'ont inclus, je ne sais, mais j'étais content tout à l'heure d'en apprendre inopinément un peu plus tout en écoutant cet extrait d'enregistrement dont j'avais trouvé mention mais que je n'avais vu nulle part.
Pour en revenir brièvement à l'écriture proprement dite de Protopopov, le côté clos du système de hauteurs (visiblement basé sur des complémentarités d'intervalles avec une importance structurelle donnée au triton) apparaît dans le fait qu'il n'hésite pas à écrire des traits qui dépassent d'un demi-ton les possibilités des piano. Et comme, il s'agit de l'aigu, même un gros Bösendorfer (avec extension du grave) ne peut rien y faire. Après tout, c'est comme y veut...
Certains sont fans de la musique des années '80. Je veux bien, d'autant qu'en 1985, Ligeti terminait ses six premières études pour piano. Ce qui n'empêchait pasles Cure, vous me direz, de sortir The Head on the door que j'avoue cependant moins bien connaître que le précédent ouvrage. Des années aussi où un certain cinéma français commençait d'apparaître. Trois réalisateurs notamment que certains critiques ont associés pour des caractères communs. Besson, Beneix, Carax. Des films culte qui ont marqué une génération : Le Grand Bleu, 37°2 le matin, Mauvais sang. De ces trois-là, incontestablement, c'est le dernier qui continue de me parler le plus, même si je ne l'ai pas visionné depuis plusieurs années. Film sur lequel plane l’ombre du sida qui aura semé l’inquiétude et l’agonie sur toute cette fin de millénaire. Dans Mauvais sang, le virus STBO frappe les couples qui font l’amour sans amour. Étrange proposition qui sonnerait presque comme une injonction morale s’il ne s’agissait d’aspiration à un frémissement vital toujours intact. Alex, le cambrioleur-prestidigitateur, fuit la fixité, la pesanteur. Comment ne pourrait-il pas être attiré par Anna, cette femme qui semble flotter au-dessus de la vie, au-dessus même du sommeil. Certains n’ont pas adhéré aux propositions esthétiques de Carax, leur reprochant peut-être une artificialité de forme. Moi, je reste bercé par le souvenir de la magie toute particulière de ce cinéma, à cette manière de se jouer du réel et des corps des acteurs. Tous merveilleux. Piccoli, Binoche, Delpy, Pratt… et mon fétiche, Denis Lavant à l’incroyable faciès qui vous invite par sa seule présence à entamer le voyage, sa voix à l’émission légèrement soufflée dans les graves qui semble faire coïncider blessures anciennes et corps qui témoigne d’un enfant pas encore disparu. Souvenirs de musique, Montague et Capulet de Prokofiev, David Bowie ; souvenirs d’un temps où l’on se rêvait encore capable de courir après, de courir devant, pour retrouver le sourire de la vitesse. Mais mon poil qui se dresse devant cet extrait me dit que les rêves ont la vie dure.
N.B Pour ceux qui voudraient entendre Denis Lavant dire une partie d’un magnifique poème d’André de Richaud, je les invite à se rendre ici.
La flânerie fait partie des charmes de la Toile, chacun le sait. Pour faire suite à la note précédente et ces tératotraductions, voici un lien vers un forum de traducteurs fous – ou passionnés, ou les deux – que j’aime arpenter, en visiteur, de temps à autre. Voici parmi de très nombreuses ressources le type de questions épineuses que l’on peut y trouver.
Y a-t-il un épigraphiste dans la salle ?
C’est à un russe, Smirnov-Trojanskkij, que l’on doit les premiers essais de traduction automatisée qui datent des années trente. Le contexte de la guerre froide fut ensuite propice à un développement généralisé des recherches sur ce thème. Avec des pics d’activité et de découragement, informaticiens, linguistes, chercheurs en sciences cognitives de tous poils ont cogité fébrilement durant plus de cinq décennies, s’attaquant à un problème qui n’est pas sans lien avec celui de l’intelligence artificielle, aux expériences d’Alan Turing et à la fameuse chambre chinoise brillament imaginée par John R. Searle. Ces efforts ont eu au moins pour conséquence d’aller plus avant dans la compréhension de ce qu’est le langage naturel, via les travaux de Chomski pour la grammaire ou de Quillian pour la sémantique.
Accessoirement, si le problème n’a pas encore trouvé de solution satisfaisante, il peut nous procurer par le truchement des logiciels de traduction en ligne les plus simples, un divertissement à peu de frais que l’on aurait tort de se refuser.
Tout un chacun a certainement eu la curiosité d’expérimenter un de ces traducteurs de page Internet, que ce soit pour déchiffrer une page dans une langue que nous ne maîtrisons pas, ou pour le simple plaisir de lire un texte dûment estropié. La question que je me posais dernièrement, un peu suite aux commentaires de ce billet d’ailleurs, était de savoir à quel point une traduction pouvait rendre un texte méconnaissable et si le degré de complexité du texte d’origine avait une incidence sur la teneur du résultat. Evidemment, définir ce qu’est un texte complexe n’est pas aussi simple qu’il paraît puisque de nombreuses expressions idiomatiques n’offrent aucun problème de compréhension à notre oreille alors qu’une machine se perdra infailliblement dans les ambiguïtés générées par ce type de formulation.
J’ai néanmoins tâché de suivre une gradation dans les trois textes que je me propose de soumettre à la sagacité d’éventuels lecteurs. Il s’agit de trois poèmes, assez fameux bien que ne jouissant pas tous de la même notoriété. J’ai choisi le traducteur de Google qui propose le choix le plus conséquent de langues source et destination et comme ce sujet est bien entendu très sérieux, j’ai appliqué à chaque poème la même tortueuse trajectoire, à savoir : français>albanais>hindi>finnois>français.
À vous de soumettre vos hypothèses quant aux textes sources.
Commençons par ce qui ne devrait pas trop offrir de résistance :
Comme vous vous en souvenez Oh, je voudrais
Bonne journée, quand nous étions amis,
À ce moment-là la vie était belle
Et, aujourd'hui, et les coups de soleil.
Pelle, et les feuilles sont collectées
Vous n'oublierez pas de moi.
Pelle, et les feuilles sont collectées
Mémoires et regrette
Et le vent du nord, de maintenir
Le froid silence de la nuit.
Vous savez, je n'oublierai jamais
Cette chanson, qui a chanté pour moi ...
C'est une des chansons, qui sentiment analogue à
Je t'aime, love you.
Nous sommes ensemble à chaque instant
Je t'aime, love you.
La vie et les gens qui s'aiment, à l'exception
Lentement, sans bruit.
Efface le sable et la mer, et
Empreintes ex amants.
Nous sommes ensemble à chaque instant
Je t'aime, love you.
La vie et les gens qui s'aiment, à l'exception
Lentement, sans bruit.
Efface le sable et la mer, et
Empreintes ex amoureux ...
Pelle, et les feuilles sont collectées
Mémoires et regrette
Mais j'aime le calme et la loyauté
Je vous remercie, et souriant tout le temps
Je t'aimais, tu es si beau,
Vous oubliez comment je veux aller?
À cette époque, la vie était plus belle
Burns plus
Vous êtes mon cher ami
Mais je suis désolé que
Et vous chanter
Toujours, toujours, j'ai entendu!
Facile, n’est-ce pas ? Le suivant garde des agencements qui le feront repérer assez rapidement mais j’ai beaucoup son étonnant Ah Mai harmonique gossip.
Lorsque le premier enfant, pleine de troubles dans le rouge,
Implore l'essaim blanc des rêves, vague
C'est de ses deux belles sœurs, est proche de lit
Argentine contraire à l'éthique des doigts avec des clous.
Fourche un enfant avec eux Assoient
Grande ouverte, des fleurs bleues et d'un faux baigne
Ses cheveux et une forte rosée est
La plupart d'entre eux, et ses doigts sont charmeurs.
Il écoute chanter leurs eerie souffle
Long appel de miel et de plantes a augmenté
Et parfois, des sifflements qu'interrompt, la salive
Cases, ou les lèvres et le baiser.
Il écoute son vol des cils Les trous noirs
, Et ses doigts parfumé et soft power
Gray Crackle're au milieu de votre Indolences
Vos ongles petits poux, la mort du roi.
Maintenant, il va à la paresse de l'été
Ah Mai harmonique gossip;
Les enfants, pense à la façon dont lentement Caresses
Réveillez-vous et criez le désir de mourir, sans jamais.
Le dernier fricote avec l’obscur, sans nul contredit, mais l’original est lui-même quelque peu cryptique (allez, j’en dis trop)
Né dans le dos et le taux d'intérêt du marché
Dans un petit verre
Prospérer sans l'amertume de surveillance
Colonel cesse de sauter.
Je crois qu'il est à la fois les évents
Récupérée, et non pas son amant, ni ma mère,
Ce n'est pas un rêve
Mia, une toiture froide nul!
Une tasse de boisson propre
Ce nombre illimité de veuvage
Meurt, mais ne consent pas,
Funeral fond kiss!
À la fin de l'état d'aucun
A est passé de l'obscurité.
De quoi faire une nouvelle anthologie de poésie française, n’est-ce pas ?
Après avoir rédigé la note figures musicales I, je me suis souvenu d'une pièce de Michael Jarrell qui porte le même nom que celle de Purcell, prenant comme matériau de départ le motif de basse en le soumettant à quelques contorsions. Voici la note de programme qu'avait rédigé Jarrell :
Music for a while fait directement référence à une aria de Henry Purcell extraite du drame musical Œdipe. A l'origine, il y avait cette idée de l'éphémère qui me préoccupait : elle devait constituer l'âme de la pièce. Je voulais composer une musique de l'instant qui se ré-invente constamment, une musique qui se renouvelle en permanence, toujours en référence à son appartenance. J'avais déjà commencé la pièce lorsque j'ai décidé d'y adjoindre une sorte de prologue dans lequel j'ai souhaité établir un lien direct avec la musique de Purcell : j'ai donc emprunté et transformé les 4 premières mesures du continuo de l'aria de Purcell. Peu à peu, ce fragment est devenu le fondement de Music for a while.
Ci-dessous un audio avec le début de cette pièce.

"Giscard royaliste de gauche" je ne comprends plus rien :((( read more
on Le président et son rencard d'if